Date de publication : 15 / 05 / 2025
Quand le DPE d’un même bien varie selon l’opérateur, on s’empresse de penser fraude, complaisance ou incompétence. Pourtant, parfois, le diagnostiqueur veut bien faire, malgré l’absence de réponse à ses interrogations. Faute de texte réglementaire clair, de méthode adaptée à la réalité du terrain et d’accompagnement dédié, il choisit la solution la plus logique. Deux diagnostiqueurs peuvent alors faire des choix différents et tout aussi justifiés.
DPE variable selon le diagnostiqueur:
En théorie, le DPE d’un même bien ne varie pas d’un technicien à l’autre, si :
En pratique, d’une part, ces conditions ne sont pas toujours réunies. D’autre part, au-delà des faiblesses de la méthode, qui laisse le diagnostiqueur libre d’utiliser ou non les valeurs par défaut pour un même logement, se pose le problème de la diversité des bâtiments (matériaux, systèmes, équipements, évolution au fil du temps et des occupants…).
De nombreux paramètres font l’objet d’interprétations. Autrement dit, l’opérateur doit choisir la solution qui lui semble la meilleure concernant, par exemple, la gestion des systèmes de chauffage et de ventilation, la surface de référence, etc. Or, ce n’est pas forcément celle privilégiée par son confrère. Ces diagnostiqueurs ne sont pas des escrocs pour autant.
Manque d’accompagnement et de réponses:
En effet, chacun sera capable de défendre ses choix en se basant sur des textes réglementaires et/ou sur le guide du Cerema. D’ailleurs, il doit les justifier puisqu’il engage sa responsabilité avec un DPE opposable. Néanmoins, les sources sur lesquelles le technicien se base, floues voire contradictoires, peuvent empêcher tout avis unanime et tranché.
Lorsqu’un notaire a des questions, il peut compter sur le CRIDON. En revanche, le diagnostiqueur est seul sur le terrain, malgré sa responsabilité. Il peut essayer d’interroger un formateur, un éventuel référent technique ou un confrère. Trop souvent, personne n’est d’accord. D’ailleurs, de nombreuses remontées ont été faites à la DHUP, en vain. Alors, l’ODI perd du temps à chercher une réponse, puis à faire au mieux avec ce qu’il n’a pas.
Quid de la norme DPE ?
La future norme DPE parviendra peut-être à clarifier les situations complexes, et donc à homogénéiser les pratiques des diagnostiqueurs. Elle pourrait ainsi mettre fin à un certain nombre d’incohérences injustement qualifiées de fraudes. Mais peut-on attendre tranquillement sa parution quand le DPE s’accompagne de tant d’enjeux ?
En prime, le DPE peut varier en fonction du logiciel et de son utilisation par l’opérateur. Or la norme ne portera ni sur les problèmes de saisie dans les logiciels, ni sur la méthode 3CL en elle-même, ni sur le volet réglementaire. Elle ne s’intéressera qu’au « geste technique ». C’est déjà ça, mais à l’heure où la profession étouffe sous les contrôles, est-ce suffisant ?
Nous rédigeons ces lignes afin d’attirer l’attention du grand public et des médias généralistes sur ces difficultés. Elles ne se résoudront pas en criant à l’escroquerie ou à l’incompétence. Mieux vaut agir pour lever ces incertitudes, puisque le diagnostiqueur n’a pas droit à l’erreur humaine. Cela passe par des textes clairs, basés sur la réalité du terrain et utilisables par tous : diagnostiqueurs, formateurs, certificateurs, éditeurs de logiciels…
par: QUOTIDIAG